• NOVEMBER 2014

MONDY PIERRE-AUGUSTE

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Si notre indignation collective face au racisme s’étendait au delà d’un passé qu’on ne peut changer, je serais tentée de croire qu’elle est sincère et réelle.
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Préjugés de couleur en haiti Le mulâtrisme et le noirisme: le cancer ou le SIDA?

Au secours ! Anmwey ! Le sujet est grave. Pathétique. Les démons règlent leurs comptes. Ils font appel aux bas instincts de la nation. Prenez une tasse de thé à la verveine. C’est bon pour le saisissement. Asseyez-vous. Écoutez s’il vous plaît.

 

Le noirisme et le mulâtrisme, principales sources de tensions sociopolitiques en Haïti, sont une pathologie « psycho-socio-politico-économico-culturelle ». Très rare dans les pays civilisés et difficilement curable, cette pathologie est socialement mortifère. Son origine remonte à l’esclavage. Elle ronge le corps, le cœur, l’âme et l’esprit de la nation haïtienne. Attention : cette maladie peut rendre les Haïtiens fous, les inciter au mépris de l’histoire, au génocide, au fratricide, au nihilisme social, à l’’’économicide’’, à la négation de l’humanité. C’est inadmissible, au XXIe siècle, dans ce pays-berceau de la révolution la plus profondément humaine de l’Histoire.

L’absurdité du mulâtrisme et du noirisme est plus nauséabonde que celle du racisme dont elle est l’excrément. Il s’agit de la haine et du rejet mutuels — entretenus par des citoyens du même pays, de la même nation, de la même culture et de la même race — fondés sur de simples nuances épidermiques, le ‘’couleurisme’’ : le faux complexe de supériorité des Noirs au teint clair ou « déclarés mulâtres » vis-à-vis des autres Noirs et la réaction irréfléchie ou le terrible coup de sang politique des noiristes contre les mulâtristes. Le ferment idéologique de ces groupes de naufragés de la colonisation entretient trois drames dans le pays : un drame sociohistorique, un drame humain et un drame économique.

1- Le drame sociohistorique

Haïti a vécu, pendant deux siècles dans tantôt une guerre froide, tantôt une paix chaude entre les mulâtristes et les noiristes. Ils veulent un pays construit pour eux, contre les autres, au détriment de la société. La plus longue dictature mulâtriste (le boyérisme, 25 ans, 1818-1843) et la seule dynastie noiriste du pays (le duvaliérisme, 29 ans, 1957-1986) montrent la dangerosité de la politique de couleur comme instrument de pouvoir. Jean-Pierre Boyer est le président le plus anti-peuple, le plus négrophobe et le plus rétrograde de l’histoire d’Haïti. François Duvalier et son fils Jean-Claude Duvalier détiennent le double record de l’autocratie et de mythes politiques.

Au regard des profils ethnopolitiques des régimes qui se sont succédé, un simple calcul : au cours des 209 années d’existence du pays indépendant, les mulâtristes et les noiristes les plus coriaces ont eu les rênes du pouvoir respectivement pendant 126 et 53 ans, soit un total de 179 années. La nation haïtienne a vécu seulement 30 ans sans être intensément intoxiquée par le mulâtrisme et le noirisme. Les dirigeants mulâtristes et noiristes ont maltraité Haïti comme une prostituée violée à tour de rôle et empoisonné le vivre-ensemble haïtien.

Levons un autre voile historique en regardant l’histoire de l’histoire du pays. L’histoire sociale et la formation sociale de l’Haïti post esclavagiste sont inextricables. Personne n’explique cet enchevêtrement mieux que l’historien Leslie F. Manigat. « Le thème de l’aspiration à l’égalité sociale est un des thèmes forts qui traversent toutes les couches sociales et toute l’histoire d’Haïti, souvent, comme à l’époque étudiée, sous la forme de l’égalité de traitement, de condition et de statut entre hommes de couleur (Mulâtres) et Noirs, en réaction contre le préjugé de couleur, ce sous-produit du racisme blanc hérité de l’époque coloniale », martèle-t-il dans son monumental « Éventail d’histoire vivante d’Haïti (1789-1999) ».

Le même entrelacement du social et de l’historique encourage un autre mensonge aussi dangereux que populaire : «  On est mulâtre si on est riche ». Là et seulement là, les marxistes peuvent se tromper. En dépit de la terrible lutte des classes en Haïti, un Noir riche sait qu’il n’est pas mulâtre et qu’un Mulâtre riche n’est pas noir. Un Mulâtre riche sait qu’il n’est pas noir et qu’un Noir riche n’est pas mulâtre. La conscience ethnique du mulâtriste et du noiriste — plus complexe que la définition marxienne de la lutte des classes — est plus qu’une conscience de classe. Elle est dans la tête, la couleur de la peau, la texture des cheveux et le portefeuille. On peut gagner une guerre politique contre la lutte des classes, comme on l’a vu à Cuba. Néanmoins, on ne peut pas gagner une bataille politique contre la lutte des couleurs.

De plus, curieusement, il y a un phénomène majeur à élucider : l’aveuglement historique et social fait rage dans le milieu politique. Bien qu’ils en parlent avec une grande fierté, nombre d’élus de la République, n’ayant aucun sens de l’histoire de l’État-nation haïtien, ont une lecture caricaturale de la crise sociétale en Haïti. La société haïtienne et l’État haïtien sont longtemps pris en otage par les mulâtristes et les noiristes au travers de deux processus d’embourgeoisement : celui des membres de la bourgeoisie marchande et celui des membres de la bourgeoisie d’État. Les deux servent de soubassement à l’exclusion systémique et systématique des masses de la société et de l’économie haïtiennes.

2- Le drame humain

Le mulâtrisme et le noirisme s’apparentent à la superstition et la démagogie. Le terme « gens de couleur », très populaire au XIXe siècle correspond mieux à la lutte des couleurs dans l’Haïti d’aujourd’hui. Les Mulâtres, en tant que caste ou classe, sont une espèce en voie de disparition. Les « vrais » Mulâtres, produits de croisement de Blancs et de Noirs, se raréfient dans le pays et se multiplient dans la Diaspora.

Nous retombons alors à pic dans le « couleurisme », le plus fétide des « sous-produits » du racisme : une autre absurdité encore plus grave dont seuls les déséquilibrés mentaux du mulâtrisme et du noirisme connaissent le secret. Pourtant, le « couleurisme » a ses propres sous-produits. Ce sont des produits découlant de l’extrait du sous-produit d’un sous-produit du racisme : les préjugés sur la couleur de la peau venant des « Grimo » ou « Grimèl »), des Chabins, des « Tirouj » et des « Tiblan ». Ces Noirs légèrement moins bronzés peuvent aussi jouer, selon les circonstances, le double jeu noir-mulâtre au gré de la vicissitude de la vie sociale et politique.

Pour mieux saisir l’énormité de l’aberration, recourons à Jean-Paul Sartre dans son « L’être et le néant », l’un des ouvrages les plus difficiles à lire. Le plus grand décrypteur d’absurdité de tous les temps, parlant de l’homme face à la temporalité de son existence, nous insinue une interprétation de l’indécence sous-jacente à la déraison mulâtriste et noiriste : «  (…) Et le surgissement (de la négation de soi) se produit dans l’unité d’un double « être pour », puisque la négation se produit à l’existence, sur le mode reflet-reflétant, comme négation du ceci, pour échapper au passé qu’elle est et elle échappe au passé pour se dégager du ceci en le fuyant dans son être vers l’avenir ». C’est ce qui explique, par exemple, l’étrange phénomène de la métamorphose psychosociale délétère de certains Mulâtres : ils sont noiristes en présence du Blanc et à l’étranger et mulâtristes en Haïti.

Face à une telle crise existentielle, les mulâtristes — renonçant à leur propre identité noire ou négritude — développent une déraison pratique et angoissante pour « mieux exister » dans leur imagination en défiant la raison et le bon sens. Voilà donc la substance du contenu de l’absurdité dans toute sa pureté et dureté. Quant aux butors noiristes, foncièrement réactionnaires, face aux mulâtristes, ils se laissent emporter par la violence ethnique. Le noirisme n’est rien qu’un dangereux coup de colère sociopolitique : une réponse aussi absurde que l’absurdité mulâtriste.

On est alors dans la rationnalisation de l’irrationnel en Haïti. On peut reconnaître l’existence du mulâtrisme et du noirisme ou, à tout le moins, pratiquer l’un ou l’autre occasionnellement pour régler ses petites affaires idéologico-pécuniaires et pernicieuses. Mais on ne peut pas y croire, à moins que l’on soit sous-cultivé, intellectuellement sous-équipé, politiquement sous-capable et humainement sous-développé.

3- Le drame économique

Et les pauvres fils de Dessalines et de Pétion ? Les six familles possédant le gratin de l’économie haïtienne ne sont ni descendantes de Pétion ni descendantes de Dessalines. Elles s’appellent — selon « The Haiti Files – Decoding the Crisis » de James Ridgeway — Bigio, Accra, Madsen, Brandt, Apaid et Mevs, le groupe BAMBAM. Allons le dire surtout aux pauvres paysans à la peau très claire de Casale, de Fond-des-Blancs, de Côtes-de-Fer, de Port-Salut. À cet égard, au moment où les Dominicains de souche haïtienne sont victimes du nationalisme haineux en République dominicaine, mettons les mulâtristes et les noiristes en garde contre la haine de l’autre à l’égard de ces familles haïtiennes d’origines sémite et européenne. Un homme d’affaires, noir, mulâtre ou blanc, ne doit avoir ni peur ni honte de devenir riche à la sueur de son front. L’enrichissement personnel des bourgeois d’État sur le dos de l’État est pire que l’égoïsme des entrepreneurs de la bourgeoisie marchande.

S’agissant des mulâtristes qui ont dominé la vie sociopolitique du pays d’avant 1946, certains vont économiquement bien, beaucoup ont été appauvris et d’autres supplantés par des entrepreneurs entreprenants blancs, arabes et juifs installés dans le pays depuis la fin du XIXe siècle.

Qu’en est-il de la fausse bourgeoisie noire ? L’embourgeoisement à l’haïtienne se produit par deux voies distinctes qui peuvent aussi converger : l’embourgeoisement dans le sens purement économique du terme (possession des moyens de production) et l’embourgeoisement par la simple progression du statut social, accompagnée d’une amélioration des conditions économiques de l’individu. Ladite « bourgeoisie noire », claironnée par les noiristes duvaliéristes, n’a jamais été une bourgeoisie ‘’économiquement bourgeoise’’. Trop aveuglés par la revanche sociale et le pouvoir politique, les noiristes ne jouissaient d’aucune hégémonie économique. Les duvaliéristes, grands bambocheurs devant l’éternel, n’ont jamais possédé les moyens de production du pays. Ils n’ont fait que noircir une bourgeoisie d’État née de la corruption, sans accélérer la création d’entreprises, d’emplois et de richesses dans le pays.

Par-dessus tout, que l’on soit Noir, Mulâtre, Arabe, Juif ou Blanc en Haïti, on s’embourgeoise généralement à Port-au-Prince, en prenant des voies différentes, en fonction de son capital socioéconomique et de l’ascenseur socioéconomique auxquels on a accès. Pour faire court, voici les principaux schémas d’embourgeoisement en Haïti : Noir ? le peu de capital socioéconomique de sa famille ? l’engagement politique ? l’ascenseur socioéconomique de l’État ? l’embourgeoisement ; Mulâtre ? le capital socioéconomique de sa famille + le couleurisme ? l’ascenseur socioéconomique de l’État + les affaires ? l’embourgeoisement ; Arabe/Juif/Blanc ? le capital socioéconomique de sa famille + le couleurisme ? les affaires ? l’embourgeoisement. L’embourgeoisement se fait au détriment de l’État et de l’économie.

Il existe trois types de connivence entre les différents groupes bourgeois : une connivence presque naturelle entre les  mulâtres, arabes, juifs et blancs ; une connivence entre les bourgeois d’une même « tribu » ; et une connivence socio-économico-stratégique de tous les autres groupes avec les bourgeois d’État, selon la variation du thermomètre politique. Mais le tracé des frontières tribales et bourgeoises n’est pas strictement défini et établi. Il est question  en réalité d’une longue tension, entrecoupée de périodes de détente, entre la bourgeoisie d’Etat et la bourgeoisie marchande marchande. Les deux règlent souvent leurs comptes aux dépens de la stabilité politique du pays et du climat d’investissement.

La traditionnelle lutte politique entre les noiristes et les mulâtristes relève d’une bataille pour le contrôle de l’ascenseur socioéconomique de l’État. Le bien commun, crucial au bon fonctionnement de la société, en est la première victime. D’un côté, l’État prédateur grappille partout — à travers les taxes, les impôts, les frais administratifs et l’aide publique au développement — afin de soutenir sa propre bourgeoisie. De l’autre côté, une économie tribale, dirigée par des entrepreneurs sans conscience nationale, assure la création inadéquate de richesses. Le capital se concentre et s’accumule dans le cercle  tribal alors que la bourgeoisie d’État s’élargit et s’endurcit. On s’embourgeoise plus facilement et plus rapidement en prenant l’ascenseur socioéconomique de l’État. La société est piégée par le haut par l’État.

On comprend pourquoi l’économie nationale présente tous les symptômes d’une gangrène socioéconomique : la faiblesse de la croissance économique (0,4% de 1965 à 2009) ; le très fort taux de la croissance démographique (1,9% de 1965 à 2009) ; la faiblesse générale de la production nationale (agricole, industrielle et « servicielle ») ; l’inflation réelle masquée par l’inflation nominale de 9,3% ; la vie chère ; la ténacité de la pauvreté chronique (65% de la population sous le seuil de pauvreté) ; la dépendance de la charité sous couvert de l’humanisme des philanthropes du monde entier (plus de 10 000 ONG, une pour chaque 900 habitants) ; la faiblesse chronique de l’offre et de la demande solvable ; l’incapacité financière de l’État (55% du budget de la République financés par les institutions internationales) ; le manque d’investissement privé ; et le chômage structurel (environ 80% de la population active).

La croissance économique soutenue requiert la participation de tous les citoyens, sans distinction de couleur et de race. La bataille politique pour la libération et la circulation du capital sur tout le territoire national et pour une vraie reconstruction nationale est la bataille de tous les patriotes progressistes haïtiens : Noirs, Mulâtres, Arabes, Juifs et Blancs. Aucun pays ne peut se développer sans une bonne dose de patriotisme économique.

Par-delà le drame sociohistorique, économique et humain, Haïti se trouve entre l’enclume du mulâtrisme et le marteau du noirisme. Les mulâtristes et les noiristes, en dégénérescence morale et intellectuelle, sont aussi malades que la société haïtienne. Seule la démocratisation de la création de richesses et une profonde transformation du système éducatif — renforcées par une promotion soutenue de grandes valeurs humaines et patriotiques, une guerre sans merci contre l’injustice sociale et pour la croissance économique, et une campagne nationale de démolition des tares de la colonisation — peuvent sauver l’économie et la société haïtiennes.

Haïti ne peut que faire naufrage avec les mulâtristes et les noiristes, car ils sont deux groupes de naufragés de l’esclavage et de la colonisation. En dépit de la mesquinerie mulatriste-noiriste, les Haïtiens de terrain et ceux de la diaspora constituent une nation arc-en-ciel, vibrante, extraterritoriale. En vérité : au pays le plus nègre en dehors de l’Afrique, la négritude est un délicieux bouillon de l’humanité bien épicé par nos langues, notre cuisine, notre musique, notre peinture, notre littérature. Le peuple haïtien ne doit pas choisir entre le mulâtrisme et le noirisme, entre le cancer et le SIDA : le double virus du syndrome haïtien de déficience patriotique.

Rose Nesmy Saint-Louis exclusivelyrose@yahoo.com Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Economiste, auteur de « Le Vertige Haïtien — Réflexions sur un pays en crise permanente », L’Harmattan, Paris, 2010.

Le Nouvellsite

via Le mulâtrisme et le noirisme : le cancer ou le SIDA ?

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