• EN GUISE D’ÉDITORIAL

When I thought my gem of a native land ran out of topics to surprise me, I came across an article published in Le Nouvelliste by Charles Dupuy on June 27, 2008 (see transcription below) that left me speechless and baffled. Scratching my head in disbelief, I read the title once more, wiped my eyes to ensure they were not deceiving me and finally jumped into the article to get confirmation that the title was indeed describing its content. The title read, “Faustin Wirkus, le roi blanc de La Gonâve”.

Faustin Wirkus 2Let me assure you that this is no piece of fiction. This is the real story of a white monarch in Haiti. To be clear, let me add that this king was in no way of Haitian origin. He was a caucasian American marine sent to Haiti to serve his country which was occupying our nation at the time. Faustin Wirkus became king and lived as such, with all the privileges, honor, and power that come with such status within the confines and the resources of La Gonâve during the period of his military service.

How can this flagrant departure from the norms be explained? No matter how ludicrous that happened to be, it simply did and it is the result of the blind faith the Haitian people may vow to certain things or persons for one reason or another. As the story goes, the “loas” or voodoo divinities had for years predicted that President Faustin Soulouque, who became emperor under the name Faustin I, would come back one day to reign once more on the island.  So when this American marine landed at La Gonâve, the current presiding “manbo” (voodoo priestess) presented him as the long awaited reincarnation of the defunct emperor to the naive community for the simple reason his first name was Faustin just as Soulouque. One would assume that the manbo with her talents of clairvoyance would know for a fact that a white foreigner impersonating a black Haitian would constitute an aberration, a complete snag to common sense and a lack of good judgment on those who would accept this as fact.  That brings about the question, did the mambo act by pure faith toward this “envoy from beyond” or did she see this as an opportunity to consolidate her power and authority over her simple-minded rural community?

By all means, this is a very fascinating account that has captured my attention from the time I have read it a few days ago. It is almost beyond belief that this chronicle is not a legend of modern times. However, my research having confirmed that the adventures of this foreign soldier crowned king as fact, I must admit that the tale is as authentic as any part of history. What is surprising though is the acceptation of this most unusual event by the authorities of the country at the time. I am planning to read the book written by Wirkus about his incredible adventure once I can find it since it is out of print. Once done, I promise to recount the information in the “Idées de Lecture” section.


Faustin Wirkus, le roi blanc de La Gonâve
Le Nouvelliste | Publié le : 27 juin 2008

Faustin WirkusPendant l’occupation américaine d’Haïti, (1915-1934), un jeune marine dirigea l’île de La Gonâve en véritable prince couronné, exerçant un puissant ascendant sur la population qui le regardait comme un être mystique, une sorte d’envoyé de l’au-delà. Les aventures de ce jeune Américain devenu roi légitime et absolu dans cette île perdue des Antilles devaient, en prenant les formes amplifiées de la légende, dérouter l’imagination populaire et, pendant des décennies, alimenter toutes sortes de conjectures, de rêves ou de fantaisies. Wirkus est le nom de ce marine prédestiné à devenir le roi de La Gonâve, la principale île adjacente de la République d’Haïti. Située au centre du golfe du même nom, en face de la ville de Port-au-Prince, La Gonâve est la jumelle géographique de la Martinique qu’elle rappelle par sa forme et ses dimensions. Longue de quelque soixante kilomètres, elle reste, encore aujourd’hui, la région la moins peuplée d’Haïti. S’ils l’ont visitée à l’occasion, les colons français l’ont vite délaissée et n’y ont laissé aucun vestige de leur installation. Jusqu’en 1915, c’est-à-dire jusqu’à l’arrivée des marines de l’occupation, La Gonâve était une immense île quasiment inhabitée, une île ayant pour chef-lieu un minuscule village de pêcheurs. Faustin Wirkus est né en 1894 à Pittston, en Pennsylvanie. Son père, un fermier d’origine allemande, et sa mère, une Franco-Polonaise, ne sachant sous quel prénom inscrire leur enfant à l’état civil, concédèrent au prêtre le privilège d’en faire le choix. C’est donc ce dernier qui, au moment du baptême et avec l’assentiment des parents, retint le prénom de Faustin qu’il donna au garçon. Faustin est aussi le prénom du général Soulouque, le chef d’État haïtien qui, le 18 avril 1852, avec éclat et cérémonies, devint empereur sous le nom de Faustin 1er. Illettré absolu, Soulouque imposa pendant presque dix ans à son pays un régime tristement corrompu et férocement sanguinaire. Soulouque, le «Bonhomme Coachi», ne laissa qu’un héritage empoisonné et la population ne garda de lui qu’un chapelet de souvenirs déprimants. À La Gonâve cependant, les oracles vaudou annonçaient régulièrement le retour de l’empereur dans l’île. Ce retour attendu de Soulouque, ce fut l’arrivée de Wirkus à La Gonâve. Quand, à l’âge de 20 ans, Wirkus quitta sa famille et sa petite ville de Wilkes-Barre pour s’engager dans le corps des Marines, il n’avait jamais entendu parler d’Haïti et moins encore de Faustin Soulouque, le monarque atrabilaire. Arrivé en Haïti, lorsqu’on annonça au sergent-chef Faustin Wirkus, promu lieutenant de gendarmerie, sa nouvelle affectation à la Gonâve, il réclama d’y rester au moins trois ans ou de ne pas y aller du tout. Cette curieuse résolution étonna d’autant plus ses supérieurs que La Gonâve était considérée par la troupe comme un coin inhospitalier où aucun marine ne voudrait s’attarder plus de trois mois. Dès son arrivée à Anse-à-Galets, Wirkus s’engagea dans une exploration systématique de son nouveau domaine. Il apprit ainsi qu’au centre de l’île, au sommet d’une haute montagne, dans la forêt de Bois Noir, vivait une vieille dame qui, depuis trente ans, régnait sur le peuple de La Gonâve. Entourée de son conseil de gouvernement, de ses ministres de la Guerre, de l’Intérieur et de l’Agriculture, Méminne réglait les différends entre les familles, dispensait la justice, bref, maintenait l’ordre et l’harmonie parmi ses sujets. Cette lignée de souveraines remontait à des temps immémoriaux. La précédente reine de la Gonâve s’appelait Tirhazard. La débonnaire Méminne, qui avait pris sa succession, héritait d’une organisation sociale que l’on pourrait dépeindre comme une sorte de grande coopérative agricole, un type assez singulier de communisme monarchique avec ses lois, ses règles et ses principes. C’est ainsi qu’au temps des semailles et des moissons, ces paysans se regroupaient en ateliers de travail ou «armées», afin, de manière conviviale, d’assigner les tâches et partager les récoltes selon un code très rigide fondé sur la justice distributive. Une semaine après sa première rencontre avec la reine et son conseil, Wirkus recevait une convocation de la souveraine qui souhaitait le présenter à sa cour. Arrivé chez Méminne, Wirkus, à sa grande consternation, fut accueilli par des chants et des cris de joie. On le couvrit de fleurs, on lui jeta sur les épaules une grande étole de soie jaune, on le fit s’asseoir sur un fauteuil rustique sur lequel il fut transporté en triomphe et présenté aux quatre coins de l’horizon. Reconnu par le sorcier aveugle de l’endroit comme l’«envoyé» tant attendu, comme celui qui «devait venir», Wirkus venait d’être couronné roi de La Gonâve. Quelques jours plus tard, Wirkus, qui avait entrepris la construction d’un môle de pierre à Anse-à-Galets, vit déboucher une bruyante troupe de paysans, plusieurs centaines d’hommes, précédés de leurs femmes et de leurs enfants. Au son du tambour et soufflant dans des conques, ils installèrent leur camp dans la cour même de Wirkus avec leurs provisions, leurs chiens, leurs poules, leurs cochons sans oublier leurs oriflammes qu’ils plantèrent devant la résidence du lieutenant de gendarmerie. Conduits par le ministre de la Guerre, les nouveaux sujets du roi de la Gonâve venaient l’aider à construire son môle. Ce que Wirkus prévoyait accomplir en cinq ou six mois de labeur assidu, ses bons sujets s’en acquittèrent en seulement quatre jours de travail. L’ouvrage terminé, l’«armée», menée par une musique endiablée, fit plusieurs fois le tour du domicile de Wirkus avant de regagner triomphalement les montagnes. Ahuri, Faustin Wirkus comprit alors qu’il était vraiment devenu le roi de La Gonâve. Officier exemplaire, Wirkus percevait les impôts, rendait la justice et envoyait des rapports minutieux à ses supérieurs qui n’avaient aucun motif de se plaindre de lui. Naturellement, l’histoire de Wirkus qui administrait la Gonâve, refusait de revenir sur La grande terre et semblait diriger l’île en véritable potentat attira l’attention du public et des autorités. Bien vite, le bruit se répandit qu’un sergent des marines régnait à La Gonâve en monarque absolu. L’affaire prit rapidement une allure de mystère qui contribua à augmenter l’intérêt de curiosité qui s’accroche généralement à ces aventures singulières et ténébreuses. Les amateurs de sciences occultes examinèrent ce cas énigmatique avec la plus grande application, donnèrent libre cours à leur imagination, échafaudèrent les hypothèses les plus risquées sur l’étonnant destin du sergent Faustin Wirkus devenu la réincarnation de Faustin Soulouque. À cela s’ajoutaient les fabuleux récits de trésor, de coffres remplis d’or et de pierres précieuses enterrés dans une certaine caverne cachée à flanc de montagne, habitée par des crocodiles vivant au milieu de lacs souterrains aux eaux profondes et limpides. En attendant, sans porter grande attention à sa nouvelle célébrité, Wirkus vaquait à ses devoirs et, comme s’il voulait passer le reste de ses jours à La Gonâve, s’installait le plus confortablement du monde dans sa petite maison d’Anse-à-Galets. Loin de la fièvre de la vie urbaine, il appréciait son austère isolement et la stoïque simplicité des mœurs campagnardes. La réalité, on l’aura deviné, était bien plus terre à terre que les jolies fables bâties autour des étranges aventures qui lui étaient survenues depuis son arrivée dans l’île. Wirkus avait compris que par une chance inouïe, par un jeu absolument stupéfiant de coïncidences, il était entré en plein cœur de ce pays parallèle, de cette société souterraine, de cette Haïti inconnue où s’applique un droit coutumier ignoré du législateur, où, en marge de la nation officielle, survivent d’obscures usages et de lointaines traditions. Au cours de ses visites d’inspection à travers les montagnes, Wirkus, assurent les témoins, était entouré d’un respect et d’une vénération hors du commun par la population dont il avait su gagner la confiance et sur laquelle il exerçait une magistrature progressiste et bienveillante. Nul doute que Wirkus, dont Méminne s’était fait l’auxiliaire, usa de son ascendant pour renforcer cet ordre social naturel basé sur la parenté, sur la famille, sur l’entraide et la solidarité qu’il avait trouvé en débarquant dans l’île. Un peu avant la fin de l’occupation, Faustin Wirkus faisait ses adieux à la reine, quittait La Gonâve et rentrait chez lui. Très peu d’étrangers auront eu ce rare privilège d’entrevoir le visage méconnu d’Haïti, d’approcher une société traditionnelle ayant préservé ses structures ancestrales d’encadrement, ses conventions sociales, ses observances religieuses, ses mœurs et sa morale. Wirkus occupa sa retraite à écrire The white king of La Gonâve, un ouvrage paru en 1931 dans lequel il rapportait l’essentiel de cette existence pleine de péripéties qu’il avait vécue en Haïti. Traduit en français, Le roi blanc de La Gonâve devait connaître un immense et durable succès de librairie. Trois générations plus tard, on peut se demander si la tradition s’est conservée, si la dynastie des reines de La Gonâve s’est perpétuée et s’il existe encore cette communauté agricole primitive, ce monarchisme agraire dominé par une reine Méminne ou quelque remplaçante. On aura beau dire, la carrière de Faustin Wirkus, le roi de La Gonâve, est bien curieuse. Il fallait l’arrivée d’un Américain prénommé Faustin pour que les habitants du lieu reconnaissent en lui un «envoyé», en fassent un roi et le regardent comme leur maître et seigneur.

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